mercredi 22 juillet 2015

Lamproix Furlong de Serapia senior et son fils, financier 


Dans sa chambre aux murs de papiers peints réguliers,  Lamproix Furlong de Serapia junior fixait le plafond. Dans cet univers de parallèles et d’orthogonales, une fissure traçait son chemin irrégulier et diagonal. Il se tenait assis, au milieu de son lit à barreaux. Son monde se découpait en bandes égales, se répétant à l’infini.


Il attendait son père, peut-être.


Parfois, dans un continuum autre, un être lui ressemblant, mais considérablement plus grand, fripé, lent, un peu voûté, avec une odeur forte, caricaturale, venait à lui.  De son orifice buccal provenaient  des sons et des borborygmes indistincts, mais la mélodie qui les sous-tendait illustrait la joie ou la colère, décrivait  l’indifférence ou l’inquiétude.


 C’était son père, peut-être


Une autre personne venait le prendre, le laver, le changer, le poser de nouveau dans son lit à barreaux, qui était redevenu net, ordonné, parallèle, avec un parfum de propre et d’étrangeté. Quand  il fermait les yeux, des images venaient. Moins maintenant.


Plus petit, par éclats il se rappelait, qu’il rêvait de voler. La fenêtre passée, les immeubles en face diminuaient au sol, et le cristal du ciel s’étendait, sans limite. Il volait, sans peur, sans crainte, et le soleil comme une fontaine de lumière jaillissait dans l’espace bleu et infini.  Le sol était un passé gris que quelques touffes de vert tentaient d’égayer. 

 Mais c’était avant.


Maintenant il savait… sentait. C’était moins confus.

Ce sentiment de liberté était aussi agréable que dangereux. Ce qui était sûr, c’était la rigidité des barreaux du lit, la linéarité des lames du parquet, le parallélisme du papier peint, la rectitude sombre des meubles .Et quand le géant revenait, il comprenait mieux. Pas les mots, mais le sens général. Maintenant il savait qu’il ne fallait pas faire confiance. Que s’ouvrir était s’affaiblir. Il savait que les barreaux, les bandes parallèles du papier peint, étaient des garde-fous. Que derrière erraient l’inconnu, la sauvagerie, la barbarie.


Ses habits le serraient maintenant.


Quand venait le géant, des sons revenaient, prenaient forme, presque sens.   « monfiss » lui faisait plaisir et peur. Il y sentait un amou… une reconnaissance, mais aussi une demande, une responsabilité ?   Il sentait ensuite qu’il devait se méfier de la domestique qui le lavait et lui changeait les draps. Il voyait bien que la voix lui parlait différemment  à cette personne, tombait, comme à plat, sans possibilité de recours.


Mais quand elle s’adressait à lui, la voix montait, espérait,  enjoignait. Il se sentait faire partie d’une chose, d’un monde plus grand, plus net, plus précis.  Ce n’était pas de l’enthousiasme, il n’aurait pas su ce que c’était, mais une petite fierté solide, qui le mettait à part de  la servante, et le liait, le reliait à la voix.   


Il  grandissait, il le savait,  devenait fort.


Un jour il serait la voix 


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