jeudi 5 novembre 2015


La sainte trinité à l’origine du divin


Alors que j’errais blême dans les rues jonchées de cadavres de bouteilles que les passants ahuris avaient jetés là, le fourmillement abscons d’une foule sans âme attira malgré lui  mon regard.
Il semblait qu’outre la fabuleuse curiosité de l’avide populace, qui moi, l’impavide, indifférait, il y eut comme une lumière étrange, un attracteur plus qu’une attraction, par-delà l’arche exagérément décorée de l’exposition universelle. 
Il faut avouer que nos édiles s’étaient pliées en quatre pour épater le peuple, si friand de spectaculaire et de bêtise. Le pain et les jeux s’étaient mués en blanquette et spectacle, mais l’idée n’était pas neuve. 
Pour une fois, je décidai de suivre le troupeau et voir par quoi il était si fasciné. Ma petite taille m’aida tout d’abord quand il s’agit de me frayer un chemin, mais lorsque j’arrivais sur le devant de la scène, cet avantage devint un handicap. La seule chose que je pouvais regarder était les rideaux de velours rouge lourdement décoré d’or et de mauvais goût.  Le brouhaha et la pestilence des chairs et des chitines rances m’incitaient à rebrousser chemin lorsqu’une tache blanche et vibrante pénétra mon hémisphère visuel droit. Une créature inconnue, divine, apparut, nimbée de lumière irréelle. Le public se mua tout a coup en un animal gigantesque, à peine domestiqué, sombre et ronronnant, dont la multitude d’yeux fixait l’apparition. Quelque chose se brisa en moi, une fissure déchira le  noir de mon âme, comme un éclair envahissant tout, et laissa entrer la lumière qui m’inonda totalement.
L’audience était maintenant une mer sombre, sidérée, ondulant lentement, et je me retrouvais je ne sais comment sur le dos d’une de ses vagues. Je reçus la vision de plein fouet. Dans le cercle éblouissant du projecteur, elle, car ce ne pouvait être que féminin, bruissait à peine, et emplissait pourtant l’espace de douceur et de tendresse, comme un printemps tardif adoucit les peines de l’hiver et fait naitre l’espoir de l’éte. Des bribes du discours des trois fondateurs de la Merveille me parvenaient. Franz  Enstein expliquait les éléments contradictoires qui composaient leur œuvre, le tridactyle répétait 3 fois que la forme lui était apparue comme cela et qu’il n’avait fait qu’enlever du bloc tout le marbre excédentaire, et Otto von Alsett souriait comme un ravi. 
Je ne peux expliquer à quel point cet événement changea ma vie. On ne peut expliquer l’indicible, encore moins quand il est divin. Ma vie précédente d’artiste maudit, incompris, mon art, tout cela me paraissait dérisoire.
J’avais enfin rencontré plus grand, plus noble que moi.  Je pouffe en écrivant ceci en me rendant compte de l’arrogance que ma posture antérieure pouvait avoir. 
Par ce tableau sculpture, j’ai essayé par mes maigres moyens de rendre hommage à la sainte trinité qui a changé ma vie en délivrant au monde sa déesse, Ava, la Femme

Camille Kebabro, peintre sensationniste

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